Depuis 1979 et jusqu’à cette nouvelle passe d’armes, les relations entre les États-Unis et la République islamique d’Iran ont valsé entre pics de tensions et déclics diplomatiques, au gré des différentes administrations américaines. Du côté iranien, le régime théocratique issu de la révolution islamique de 1979 n’a guère varié dans sa politique étrangère vis-à-vis des États-Unis, adoptant une posture constante de défiance et de méfiance depuis plus de quarante-cinq ans. En revanche, pour l’Amérique, la question iranienne a évolué en dents de scie, avec des positions différentes selon les administrations démocrates ou républicaines.
Il y a ainsi eu, dans la politique étrangère américaine à l’égard de l’Iran, des phases de forte tension et des moments de détente diplomatique au fil de ce presque demi-siècle de conflit entre les deux pays. Avec l’avènement du régime religieux en Iran en 1979, les États-Unis ont multiplié les tentatives d’isolement diplomatique et économique, à travers des embargos et le gel des relations commerciales.
C’est sous la présidence de Barack Obama, entre 2008 et 2016, et dans le cadre de son recentrage stratégique vers l’Asie et le bassin du Pacifique, que cet isolement a commencé à prendre fin. La signature de l’accord de Vienne en juillet 2015 entre l’Iran et les grandes puissances prévoyait, en contrepartie de la limitation du programme nucléaire iranien, la levée des sanctions économiques et diplomatiques sous lesquelles le pays ployait depuis des années. Cette levée des sanctions devait permettre à l’Iran de se redresser d’une situation économique désastreuse, largement imputable aux mesures américaines.
L’arrivée au pouvoir de Donald Trump en 2016, avec un discours présentant l’Iran comme un ennemi potentiel et un facteur d’instabilité au Moyen-Orient, a donné une nouvelle tournure au dossier nucléaire iranien. Le retrait américain de plusieurs accords internationaux, notamment l’accord de Paris sur le climat et celui de Vienne sur le nucléaire iranien, a constitué l’un des marqueurs forts de la présidence Trump. Ce retrait a offert à l’Iran une fenêtre d’opportunité stratégique. Le pays a ainsi dépassé les niveaux d’enrichissement d’uranium autorisés par les accords précédents.
Cette accélération du processus d’enrichissement s’explique par un contexte d’inimitiés régionales persistantes. Bien que partageant la religion musulmane avec ses voisins, l’Iran demeure le porte-étendard du courant chiite, dont l’opposition historique avec le courant sunnite a structuré les rivalités dans le golfe arabo-persique. Les tensions récurrentes entre forces militaires présentes dans la région se sont accentuées ces derniers mois, notamment après l’attaque israélienne du 13 juin 2025, suivie d’une guerre de douze jours entre l’Iran et Israël. Ce regain de tension a menacé l’équilibre déjà fragile d’une région connue pour sa volatilité chronique.
Alors qu’une attaque américaine devient de plus en plus plausible, il est à craindre pour l’ensemble de cette zone, comme le prédisait le Dr Mohamed Badine El Yattaoui, enseignant au National Defence College des Émirats arabes unis, dans une interview qu’il nous avait accordée au mois de juin dernier. « Personne n’a envie, dans la région, d’une intervention américaine qui pourrait avoir des conséquences sur le très long terme. Des conséquences qui risquent d’être désastreuses pour l’Iran, mais aussi pour toute la région. Donald Trump ne souhaite pas rester dans l’histoire, alors que c’est son deuxième et dernier mandat, comme le président qui a détruit l’Iran, un peu comme George Bush avait détruit l’Irak et l’Afghanistan », avait-il affirmé.
Reste l’espoir que ces pics de tension puissent, une fois encore, déboucher sur des déclics diplomatiques et préserver ainsi toute une région.
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