Lors d’un séminaire de formation portant sur le genre, un collègue a attiré l’attention sur lui : « Je n’aime pas les féministes. Je m’inscris en faux contre leurs orientations. » Il disait s’ériger, comme d’autres, contre toute tentative de remodeler les sociétés africaines sur la base de valeurs importées, voire exogènes. Il a fallu lui opposer un argumentaire structuré pour l’encourager à reconsidérer sa position et l’inciter à faire des recherches afin d’en savoir davantage sur les motivations de celles qui sont étiquetées de féministes. Au finish, il a eu envie d’en savoir plus.
Notre collègue n’est pas le seul à adopter une telle posture. Comme beaucoup d’autres, il fait face à un déficit de communication ou à des interprétations qui renforcent souvent des doutes et des incompréhensions. Un lexique parfois déconnecté des réalités sociales suscite également des hostilités plutôt qu’une appropriation du combat porté par de nombreux mouvements féminins qui, sur la base de valeurs bien de chez nous, ont contribué à améliorer les conditions de vie des femmes.
Leurs stratégies de lutte ont favorisé un meilleur positionnement des femmes dans les sphères de décision et permis de restaurer leur place de leaders et de voix affirmées, comme c’était déjà le cas dans plusieurs de nos sociétés traditionnelles.
D’ailleurs, l’émergence d’un féminisme dit islamique s’inscrit dans cette dynamique. Ce courant, encore méconnu et parfois contesté, montre cette nécessité permanente de défendre la cause féminine dans un monde où la femme est encore souvent reléguée à l’arrière-plan. À l’image de plusieurs autres courants féministes, ses adeptes ne cherchent pas à remettre en question les valeurs fondamentales érigées en normes sociales. Elles tentent plutôt de corriger certaines imperfections afin de promouvoir une société plus juste et plus équilibrée.
Le féminisme islamique résonne difficilement chez certains en raison de l’image rigide souvent associée à la religion musulmane, qui placerait la femme au second rang. Pourtant, ses défenseures se sont fixé comme objectif d’allier l’égalité des chances aux valeurs musulmanes, tout en montrant que les principes religieux n’ont rien à voir avec certaines pratiques culturelles patriarcales héritées du passé préislamique.
Ce mouvement, porté par des chercheuses, des théologiennes et des activistes à travers le monde, fait son bonhomme de chemin et milite contre la lecture étriquée des textes coraniques. Par exemple, lorsque la religion exhorte les femmes musulmanes à la décence ou à éviter certains interdits, elles montrent que ce n’est pas pour les emprisonner, les priver de leur épanouissement ou les considérer comme des sujets mineurs.
Dans ce sillage, des figures comme Amina Wadud, auteure de « Le Coran et la femme », ou encore Asma Lamrabet, médecin biologiste et essayiste marocaine, sont souvent citées en exemple. Même si cette dernière a choisi de ne plus porter le voile, elle fait partie des figures majeures du féminisme islamique contemporain.
Elle écrivait notamment sur les réseaux sociaux que « se libérer, ce n’est pas se libérer sur le plan vestimentaire ou de l’apparence extérieure… Se libérer, c’est être libre de toute aliénation, de toutes les idéologies hégémoniques… ».
Et en tant que croyante, ma seule aliénation, c’est mon amour pour le Créateur des mondes qui nous a créés libres et dignes. Dans une publication sur Facebook, elle dénonçait également les critiques visant les femmes portant le voile islamique : « Je soutiens de toutes mes forces les femmes musulmanes voilées qui subissent discrimination et rejet… Ce que je défendrai toujours, c’est la liberté de choix et le respect de cette liberté. Est-ce tellement difficile à comprendre ? ».
Pour elles, comme pour d’autres membres du féminisme islamique, il est important de comprendre les versets du Coran selon leur esprit global de justice, et non à travers des lectures littéralistes déconnectées du contexte du VIIe siècle.
Il est également question de restaurer les droits des femmes à la dignité, au leadership et à l’égalité des chances.
Elles ont compris qu’il n’est pas nécessaire d’imiter un modèle importé pour disposer d’une légitimité et qu’il est tout à fait possible de s’inspirer de son propre cadre culturel et religieux pour faire évoluer la condition des femmes, au bénéfice de toute la société.
Matel BOCOUM

