Pour avoir une idée précise de son image à partir du regard africain, la France se mire à travers un sondage Ipsos-Bva, publié à deux jours du sommet « Africa Forward », tenu les 11 et 12 mai au Kenya. Le reflet est mitigé et se résume ainsi : une image « positive mais fragile ».
Les sondés sont répartis dans neuf pays, à savoir le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le Maroc, l’Angola, l’Afrique du Sud, le Nigéria et Madagascar. Le questionnaire soumis à un échantillon de 9.466 personnes illustre ce désir profond de Paris de sonder les âmes des Africains, après qu’elle s’est rendue à l’évidence que son influence s’est bien érodée en Afrique.
Premier enseignement, la perception de l’image de la France, jugée bonne par 74% des sondés, est meilleure dans les quatre pays anglophones que dans ses cinq ex-colonies. La perception devient mitigée quand il s’agit de la contribution française au développement de l’Afrique. Seuls 45% des réponses estiment qu’elle améliore les conditions de vie des Africains, avec une opinion plus favorable chez les plus jeunes.
Selon le sondage Ipsos-Bva, la principale demande exprimée, c’est plus de transparence de la part de la France dans ses actions sur le continent, des investissements plus visibles, une coopération renforcée avec la jeunesse et une communication plus lisible. Les priorités tournent autour du système de santé local (49%), l’emploi et la formation professionnelle (50%), l’éducation (41%), le développement des nouvelles technologies (36%), la paix et la sécurité (33), la sécurité alimentaire (33%), etc.
La demande en investissements est très élevée, 87% des sondés appellent à leur augmentation, avec un accent mis sur la collaboration avec les jeunes. Parmi les attentes économiques, l’enquête révèle que 75% des répondants sont d’avis que les entreprises françaises créent des emplois dans les pays où elles sont implantées. Durant les 10 dernières années, 46% des répondants estiment que l’Afrique et la France ont fait évoluer leur partenariat pour mieux tenir compte des besoins des Africains.
Cette enquête riche en enseignements est une indication claire des nouvelles orientations de la diplomatie française qui cherche encore ses repères sur le continent. Lors du sommet de Nairobi, le président Emmanuel Macron n’a pas hésité à critiquer les approches de son pays. Dire aux Africains : « voilà ce qui est bon pour vous, on va vous aider » est un discours révolu, qui « n’est plus du tout ce dont l’Afrique a besoin et ce qu’elle veut entendre », ajoutait M. Macron devant ses pairs.
Jusqu’à une période récente, les relations personnelles et parfois de complicité entre autorités des deux bords suffisaient à sécuriser la présence française, sans oublier les réseaux d’influence officiels mais aussi officieux. Paris, malgré les vœux de mettre fin à son modèle d’influence historique, avait du mal à se défaire de son image paternaliste.
Les « convocations » de chefs d’État africains à participer aux sommets FrançAfrique passaient mal auprès des jeunes qui les assimilaient à des rabaissements. Se libérer de ce carcan traditionnel a permis à d’autres chefs d’État de surfer sur une vague de popularité pour avoir dit « non » à l’ancienne Métropole.
Sur le plan économique, la présence des entreprises françaises est plus perçue comme un pillage systématique des ressources du continent que comme un investissement gagnant-gagnant. Ce ne sera pas tâche aisée de gommer cette perception négative de la présence française. Il faudra plus que des promesses d’investissement pour y parvenir.
Malick CISS

