Donald Trump n’en revient toujours pas de la décision de la Cour suprême des États-Unis, vendredi dernier, de neutraliser son arme principale : l’invalidation de la plupart des droits de douane qu’il avait imposés au reste du monde.
À compter d’aujourd’hui, l’Agence américaine des douanes et de la protection des frontières doit suspendre la perception des droits de douane jugés illégaux par l’instance suprême. Un camouflet inimaginable pour le locataire de la Maison-Blanche, qui déstructurait sciemment, tel un bulldozer, les règles du commerce mondial.
Comme il sait si bien le faire quand on ne lui donne pas ce qu’il veut, Donald Trump a dégainé encore en diabolisant les juges empêcheurs de taxer en rond : des « antipatriotiques et déloyaux », au service de la gauche « radicale » et sous « influence étrangère ».
En fait, et c’est ce que lui reprochent les six juges « idiots » sur les neuf de la Cour suprême, Trump avait recouru à une loi de 1977 [International Emergency Economic Powers Act (Ieepa), brandie par Trump le 9 avril 2025, « Jour de la libération »] permettant au président de réglementer le commerce en situation d’urgence, sans passer par le Congrès. Et on ne peut le brandir qu’en cas de menace étrangère inhabituelle extraordinaire.
Ce n’est ni plus ni moins qu’un détournement du texte pour surtaxer les autres pays, coupables à ses yeux d’afficher un excédent commercial avec les États-Unis. Cependant, les droits de douane au fondement juridique indiscutable restent en vigueur.
La conséquence immédiate de la décision de la Cour suprême devrait être le remboursement de cette manne financière (130 milliards de dollars, selon le Financial Times) aux entreprises victimes du « racket » douanier. L’arrêt des magistrats reste muet sur ce point.
Ce revers infligé par la Cour suprême à Trump rappelle les lignes rouges de la démocratie à ne pas franchir. Il remet surtout en cause aussi et surtout tout son programme économique.
À travers son slogan Make America Great Again (Maga, redonner à l’Amérique sa grandeur), le président américain a toujours présenté son pays comme la grande victime des règles du commerce mondial. Et les droits de douane sont la formule tout trouvée pour réduire son déficit commercial vis-à-vis de pays comme la Chine, le Canada ou l’Union européenne.
Ce qui devait lui permettre de relancer l’industrie américaine et de compenser les baisses d’impôts. Et quand le coup de frein vient d’une juridiction qu’il s’est évertué à donner une physionomie conservatrice (six des neuf juges de la Cour suprême ont été nommés par Trump), donc a priori acquise à sa cause, sa déception ne peut être que plus rageante.
Le locataire de la Maison-Blanche se croyait jusqu’ici affranchi de tout contre-pouvoir d’une démocratie affaiblie depuis son retour au pouvoir. Ne s’avouant jamais vaincu, Trump est repassé à l’offensive, le lendemain samedi, en faisant passer ses nouveaux droits de douane mondiaux de 10 à 15 %, « avec effet immédiat » pour résorber le déficit commercial américain avec certains pays.
À quelques mois des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026, le camp républicain n’est pas assuré de garder la majorité au Congrès à cause d’une économie morose. Le coût de la vie s’est détérioré du fait que les droits de douane sont pour la plupart répercutés sur les consommateurs.
Or Trump s’était fait réélire sur des promesses d’un quotidien radieux qui tarde à devenir une réalité pour certaines couches de la population américaine. Son administration avait promis. Au lieu de 584.000 emplois en 2025, seulement 181.000 ont été créés. L’âge d’or tarde à rayonner pour les Américains.
Et leur président menace de droits de douane plus élevés les pays tentés de « jouer » avec les effets de la décision des juges. La bourse ou la vie.
malick.ciss@lesoleil.sn

