La Santé, un enjeu difficile à mettre en œuvre. La Santé, selon la définition de l’OMS[1], revêt une complexité telle qu’elle demeure difficile à conceptualiser, à s’approprier, à maitriser et à intégrer pleinement dans une politique globale de développement. Toutefois, si l’on considère la santé comme un capital, il est possible, tant à l’échelle individuelle que collective, de la préserver et de la maintenir pour en être souverain et autonome, notamment à travers l’élaboration de politiques ciblées dans ses différents domaines. La durabilité de la Santé, en tant que finalité, justifie une démarche orientée vers la préservation de son intégrité et intégralité. Cela implique une gestion fondée sur des données statistiques, une gouvernance, un mode de vie et une conduite guidée par des principes qu’il convient d’expliciter.
Pertinence d’une approche écosystémique de la santé. La santé est une donnée qui varie chez un même individu : c’est une variable. Par ailleurs, cette donnée peut également changer d’un milieu à un autre : elle constitue alors une variable dépendante, influencée par des déterminants locaux ; eux-mêmes considérés comme des variables indépendantes. De plus, elle évolue au fil du temps : c’est une variabilité, ce qui signifie que les mêmes déterminants peuvent, selon les conditions environnementales, avoir une influence plus ou moins marquée sur l’état de santé, ou que celui-ci en soit plus ou moins sensible. Ainsi, si l’état de santé est d’ordre biologique, il reste une donnée écosystémique, c’est-à-dire intrinsèquement liée au milieu et aux interactions qui s’y déroulent. Ce qui fait du mal biologique, l’endémie, sa donnée opérationnelle, car associée à un « fait de santé » local. Ainsi, le bon état est-il une conquête permanente contre les effets indésirables du mal structurel de ce fait et de son mal fonctionnel, à savoir la pathologie du milieu[2]. Cette insalubrité peut en effet se décliner, soit dans l’atteinte aux droits humains fondamentaux, de différence et de diversité, soit aux obstacles des droits élémentaires de santé, soit à toute chose qui s’oppose au bon fonctionnement de l’organisme.
Nécessité d’une démarche économique. Correspondant à un état qu’il convient d’améliorer, d’optimiser et de préserver, la Sante est un bien dégradable. Conditionnant l’existence, le bienêtre et le bienvivre, cet état reste un bien non fini qu’il faut maintenir le plus longtemps possible. Précisément, ce paradoxe entre cet état fini et le bienvivre durable qu’il prétend assurer fait de la Santé un bien précieux. Economique par essence, c’est-à-dire, nécessitant la production de soins pour satisfaire les exigences économiques liées à un état précis. Cet état se révèle le « foncier » de tous les actifs et le préalable de leur réalisation. En tout domaine en effet, la démarche économique tire sa légitimité de considérations individuelles et de processus décisionnels ; et dans ce cas, bien qu’émanant de soin personnel, la bonne santé profite également à la famille, la communauté, à la nation. La légitimité est tirée également de régularités observables et de politiques adaptées, toutes orientées vers la finalité de biens, de l’autonomisation biologique, à la fois individuelle et collective, et fondées sur des données économétriques.
La gestion économique de la santé. Comme dans toute démarche économique, la gestion de l’état s’opère à deux niveaux complémentaires. D’une part, elle est microscopique : elle concerne l’individu qui doit en permanence veiller à son propre état de santé. La préservation et le maintien de celle-ci reposent alors sur une conduite éclairée, fondée sur une connaissance intime de soi et des autres, notamment en matière de vulnérabilité biologique et de facteurs de risque. Cette gestion personnelle qui implique également une compréhension fine de l’environnement, en particulier les causes et les facteurs de risque liés au milieu[3], ou domestique ou privé ou public, commande de tenir compte de l’autre. C’est pourquoi, en plus de rester circonstanciée et dynamique, la sante qui se révèle propre et citoyenne procède d’une prudence écosystémique, s’appuie sur des compétences et capacités, ceci, à l’autel de préconisations nationales et internationales. Aussi, dans la gestion de l’état ou de la maladie, si l’éthique du comportement en constitue l’idéal, celle-ci peut faillir, et le patient de signer une défaillance dans le comportement à répondre aux besoins changeants, c’est-à-dire, à faire face à la variabilité de son état. Ce qui fait des autorités du savoir et des professionnels de la population, par leur vigilance critique et constructive, les protagonistes techniques de l’autonomisation biologique. D’autre part, la gestion de la santé est macroscopique. Pour répondre aux besoins économiques et sociaux, il faut que l’élaboration des politiques publiques intègre des services accessibles, tant au plan géographique, financier que stratégique. Dans leur mission d’assurer en effet une couverture équitable, efficace et qui tienne compte des disparités territoriales et des contraintes budgétaires, il faut que, dans la dignité et le bon vivre ensemble, les politiques[4] garantissent les droits élémentaires de recours et d’obtention des soins, et sécurisent les ressources et produits de l’état de santé.
Quels types de services de santé planifier dans une démarche économique ? La démarche économique qui renvoie à la même posture de son agent, signifie une attention personnelle sur son corps et la production conséquente de soins. Tirés du milieu technique de la biologie particulière de l’individu et spécifique de la personne, les soins émanent d’une posture autonomiste. En effet, manifestation d’une hygiène de vie, ces soins proviennent de décisions propres, vont à l’encontre de toute façon établie de faire et d’interrelations nocives et néfastes, et débouchent, sinon dans l’amélioration de l’état de santé ou de la maladie, du moins, dans son maintien. A la base de ces soins particuliers, ce sont les services d’une politique de prévention primaire. S’il est d’abord question de dépister des maladies soit communes, soit attendues, soit à risque, et d’organiser leurs malades pour leur la gestion de leur maladie, il est ensuite question de les éduquer à la considération et au respect de leur corps, le cas échéant, à leur vulnérabilité biologique, à la thérapeutique, et à la solidarité sanitaire. Enfin, pour un comportement tel que la maladie ne dégénère et que le malade ne devienne un patient, il est question de les accompagner voire les encadrer pour leur assertivité et agentivité contre la violence à la fois interne des vulnérabilités biologique et psychologique, et externe des pratiques sociales et environnementales. Dans cette perspective, le respect des exigences de leurs contextes biologiques et la pleine jouissance de leurs DHF nonobstant leurs différences et diversités, commande des actes de salubrité des zones de non droit. Le défi étant en effet de sortir les individus de leur « situation d’auto-insatisfaction » où ils se trouvent, il convient de formuler un civisme sanitaire et de travailler à l’installation de la gouvernance particulière d’un ordre public de dignité, à la morale sanitaire de la citoyenneté parallèle.
En résumé, la Santé ne se limite pas au nombre de patients ni à la seule responsabilité du ministère de la Santé. Elle est une donnée systémique, dont la compréhension nécessite l’implication collective des anciens, des élites, des experts et des autorités politiques autour des réalités concrètes de la maladie. Elle repose également dans la capacite du pouvoir public à valoriser le corps humain comme un bien précieux, et à travers un projet étatique, à promouvoir une vie saine, et à garantir un environnement psychosocial favorable. Préserver, améliorer et maintenir la santé, implique une politique publique forte et un pouvoir individuel et collectif orienté vers la protection de l’intégrité physique, l’optimisation des capacités humaines et la lutte contre les facteurs de dégradation de l’organisme.
Finalement, envisager la Santé comme un état revient à l’inscrire dans une double logique : celle d’un capital à valoriser et celle d’un écosystème à réguler. Cette approche à la croisée de l’économie et de l’écologie humaine, engage les politiques publiques et interpelle l’individu dans sa responsabilité de s’approprier de sa santé spécifique et globale. Dès lors, la santé ne saurait être un simple état passif, mais bien un processus dynamique. L’intérêt de la démarche, c’est de pouvoir débattre localement de toute pathologie, en aidant à la construction de son topique capital humain, le premier des actifs, celui qui conditionne les autres, qui va à la racine des endémies locales et dont l’utilité est de protéger son état en s’opposant à la violence. Son avantage, c’est d’internaliser le savoir aux fins de la première autonomisation, la biologique. Son mérite, c’est de structurer la prévention autour de la maladie et ses individus, des professionnels, des dirigeants communautaires, dans une politique multi et trans sectorielle de justice sociale, souverainiste, et dans une gestion raisonnée des moyens disponibles. C’est surtout d’être décisive d’un système local de santé non préfabriqué, mais conçu d’une chaine de soins pour prendre en main la maladie d’un domaine prédominant de santé, et pour promouvoir une subséquente citoyenneté sanitaire. /.
Dr. Aboubacry Yoro SY, médecin
Dr. Mame Cheikh Anta SALL, économiste
Dr.Mouhamed SAMBA, Economiste
Mamadou SOW, économiste.
Abstract. L’économie de la santé se distingue de la démarche économique de la santé. Le premier optimise l’utilisation des ressources pour l’amélioration de la santé des populations. Le second procède de deux manières complémentaires. D’abord, à travers le comportement personnel d’un choix délibéré car vital, il vise le maintien d’un état de santé pour sa durabilité, et moyennant le capital humain de l’état de santé, il gage la mère de tous les actifs : l’autonomisation biologique. Ensuite, par le biais d’une politique publique et d’une approche écosystémique, et dans une dynamique communautaire, locale et nationale, il rétablit la justice sociale et facilite le vivre ensemble dans la dignité et la solidarité.
Mots clés : Economie, comportement, durabilité, écosystémique, santé, autonomisation biologique.
[1] Définition de la Santé selon l’OMS : la sante est un état de complet bienêtre physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.
[2] Cf. Frantz FANON : « les damnés de la terre ».
[3] Elle débouche sur un style de vie de sa souveraineté biologique avec un credo et un viatique.
[4] Moyennant un modèle écosystémique qui raisonne ces politiques.


