Véritable monument de la lutte sénégalaise, Mamadou Sakho dit Double Less incarne une génération d’athlètes complets, entre lutte traditionnelle, lutte olympique et carrière internationale. De la Casamance aux Jeux olympiques, en passant par les grandes arènes de Dakar, le colosse au gabarit hors norme a marqué plus de deux décennies de combats, laissant un héritage encore vivant à travers ses fils et ses exploits.
Originaire de Malifara, dans la région de Sédhiou, Mamadou Sakho dit Double Less s’est imposé comme l’un des visages majeurs de la lutte sénégalaise entre 1972 et 1999. Son surnom, il le doit à son ami Doudou Diagne, impressionné par l’envergure exceptionnelle de ses bras, comparés à « deux mâts de tir ». Issu d’un environnement marqué par la lutte, il développe très tôt des qualités physiques hors norme. Entre la Casamance et la Gambie, où il passe huit années de formation, il forge son endurance, sa puissance et sa technique.
Arrivé à Dakar dans les années 1970 avec l’ambition de devenir boxeur, il finit par s’imposer dans la lutte traditionnelle. Avec près de 130 kg et une taille avoisinant les deux mètres, il devient rapidement une force dominante des « mbapatt ». Son baptême du feu intervient en 1972 face à Doudou Bakary Sarr, un duel terminé sur un match nul qui marque le début de sa reconnaissance. À l’aise aux côtés de grandes légendes comme Mbaye Guèye ou Mamadou Kandji, il développe un style unique. Au fil des années, il enchaîne les victoires face à de grands noms de l’arène, confirmant sa suprématie dans la lutte avec et sans frappe. Même ses rares défaites, notamment face à Robert Diouf, contribuent à forger sa légende. Son immense réputation lui vaut le surnom de « Seigneur de l’arène sénégalaise ».
Double Less ne s’est pas limité aux arènes sénégalaises. Il a représenté le Sénégal dans la lutte olympique à trois reprises : Montréal 1976, Moscou 1980 et Los Angeles 1984. Médaillé d’or aux Jeux africains de Nairobi, il s’impose comme l’un des rares lutteurs sénégalais à briller sur la scène internationale. Son parcours le place aux côtés de grands noms comme Ambroise Sarr, Pape Diop « Boston » ou Mor Fadam. Ces expériences olympiques, marquées par la fraternité et la rigueur, restent parmi ses souvenirs les plus forts.
Après sa carrière, il fonde l’école de lutte Double Less à Keur Massar, contribuant à la formation de jeunes talents. Son héritage devient encore plus visible à travers ses fils, notamment Balla Gaye 2, devenu roi des arènes, et Sa Thiès, sacré face à Modou Lô le 5 avril 2026. Un autre de ses fils, Balla Gaye 2, devient roi des arènes en 2012 après sa victoire sur Yakhya Diop « Yékini », marquant un tournant historique dans la lutte sénégalaise.
Double Less est considéré, d’ailleurs, comme un combattant complet, alliant puissance, technique et intelligence de combat. Il reste aujourd’hui une figure incontournable de l’histoire de la lutte sénégalaise, grâce à ses exploits sportifs, sa carrière internationale et son héritage familial. Son nom résonne encore dans les arènes, symbole d’une époque de puissance, de technique et de grandeur sportive.
Abdoulaye DEMBELE
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