La lutte sénégalaise a forgé de grands champions. Parmi ceux-là figure Mamadou Sakho dit Double Less surnommé le « Seigneur » des arènes. Par son parcours exceptionnel et sa réputation imposante, il s’est imposé comme une véritable légende. Ses fils ont suivi ses pas et rayonné dans ce sport-roi. Après Balla Gaye 2 en avril 2012, Sa Thiès est à son tour entré dans l’histoire en détrônant, le dimanche 5 avril, Modou Lô, roi des arènes depuis juillet 2019. De son côté, Élou Fils de Falaye avance à pas mesurés, porté par l’héritage de son père, marche aussi sur les traces de ses aînés.
Double Less. Jadis, ce nom, à lui seul, faisait trembler l’arène, tant le colosse Mamadou Sakho a marqué les esprits et offert à la lutte quelques un des moments les plus emblématiques et mémorables de son histoire. Sa carrière exceptionnelle s’est étendu sur plus d’un quart de siècle, entre 1972 et 1999, durant lequel il a affronté de grands champions (Doudou Baka Sarr, Mbaye Guèye, Robert Diouf). Il a représenté le Sénégal dans différentes campagnes internationales dont les plus illustres sont les Jeux olympiques de Montréal en 1976, de Moscou en 1980 et de Los Angeles en 1984. Lors des Jeux africains de Nairobi, il est monté sur la plus haute marche du podium en décrochant deux médailles d’or dans la catégorie des plus de 100 kg; une en gréco-romaine en battant l’Egyptien El Hadad, et une autre en lutte simple après sa victoire sur le Nigerian Olulu Dagu. Un exploit jamais égalé. Double Less était un monument. Et son nom continue encore de résonner dans les mémoires. Au-delà de la propre gloire de Double Less, son héritage familial a écrit l’une des plus belles pages de l’histoire de la lutte. Deux de ses fils, Omar Sakho dit Balla Gaye 2 et Salif Sakho dit Sa Thiès, ont réussi à suivre la voie qu’il a tracée et à atteindre, tour à tour, les sommets en devenant «Roi des arènes». Pourtant, malgré son immense carrière, Double Less doutait au départ de voir ses enfants marcher sur ses traces et atteindre de tels sommets. Soucieux de leur avenir, il les oriente vers des métiers plus stables: Balla Gaye 2 est envoyé dans des ateliers de mécanique, tandis que son cadet est formé à la menuiserie. Mais la passion de la lutte finit par prendre le dessus. Déterminés à suivre leur destin, les deux frères s’endurcissent dans l’ombre, participant en cachette aux séances nocturnes de lutte, communément appelées «mbapatt». Ces premières expériences, souvent discrètes mais révélatrices de leur talent, leur permettent de se forger un mental de compétiteurs.
Leurs performances dans les galas de quartier et leurs premières sorties dans la lutte avec frappe finissent par convaincre leur père. Double Less change alors de posture et décide de les accompagner pleinement. Il met en place une véritable structure d’encadrement, notamment avec la création de son école de lutte à Keur Massar, où Sa Thiès devient l’un des fers de lance. Pour Balla Gaye 2, déjà installé à Guédiawaye, le père joue un rôle central dans la gestion de sa carrière. Il encadre ses choix, valide ses combats et s’implique jusque dans la préparation mystique et stratégique de ses affrontements. Cet accompagnement familial porte ses fruits. Avant son décès, survenu le dimanche 5 septembre 2021 à Keur Massar des suites d’une longue maladie, Double Less avait déjà vu ses fils s’affirmer au plus haut niveau. Sa Thiès montait en puissance avec des performances prometteuses, tandis que Balla Gaye 2 s’était déjà imposé comme une référence incontournable de l’arène. Le palmarès de ce dernier est éloquent : vainqueur de grands noms comme Tapha Guèye de Fass, Baboye ou encore Tyson de Pikine, il atteint le sommet en devenant Roi des arènes après sa victoire retentissante sur Yakhya Diop dit Yékini le 22 avril 2012. Quatorze ans plus tard, la tradition familiale se poursuit. Le dimanche 5 avril 2026, c’est au tour de Sa Thiès de connaître la consécration suprême en détrônant Modou Lô à l’Arène nationale de Pikine, accédant ainsi au titre de Roi des arènes. Ces parcours croisés consacrent définitivement la famille de Double Less comme une dynastie unique dans l’histoire de la lutte sénégalaise : une légende, et deux Rois des arènes.
Abdoulaye DEMBELE
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