Le 28 mai dernier, l’Assemblée nationale française a voté l’abrogation formelle du Code noir, « soit 341 ans après sa promulgation, 3 siècles et demi après qu’un État a écrit dans le droit, que certains humains pouvaient être achetés, vendus, mutilés, battus, transmis par héritage comme du bétail.
Trois siècles et demi après que l’État a organisé, juridiquement l’arrachement, la cale des navires négriers, le fouet, la plantation, le viol des femmes esclaves, l’effacement des langues, des noms, des mémoires » pour reprendre les propos de Mme le député du groupe Gauche Démocrate et républicaine, Emeline K/Bidi. Le Code noir était l’ensemble des textes royaux promulgués en France entre 1685 et 1724. Il s’agit d’un recueil législatif qui réglementait la vie, le statut juridique (les esclaves étaient considérés comme des biens meubles), les châtiments et le commerce des esclaves dans les colonies françaises. Inspiré par Jean-Baptiste Colbert et promulgué par Louis XIV, il a été conçu à l’origine pour les Antilles (Saint-Domingue, Guadeloupe, Martinique) et servait à unifier et encadrer les pratiques esclavagistes. Ses trois piliers principaux sont : le statut de bien meuble, la religion et la répression. Bien que l’esclavage ait été définitivement aboli en France en 1848, certains de ces textes juridiques d’exception existaient techniquement toujours dans l’arsenal juridique français jusqu’à leur abrogation formelle en mai dernier. (Cf. Wikipédia. L’encyclopédie libre).
Le Code noir, comme Mme Bidi, n’était pas qu’une « anomalie administrative », mais une véritable « une machine juridique destinée à transformer l’être humain en force de travail servile au profit d’un système économique colonial ». Bien sûr, il fallait aussi concevoir autour de ce projet économique un imaginaire sur lequel doit reposer le projet politique. Cette imaginaire porte sur l’infériorité de l’homme noir qui n’a rien apporté à la civilisation universelle. Il renforça ainsi le projet esclavagiste, colonial et même actuel de l’Occident. Sa forme la plus expressive est le racisme abject qui s’appuyait sur un discours scientifique occidental du déni de l’intelligence. Mais, est-il nécessaire de rappeler que c’est la force de travail des Noirs qui a permis le développement de l’Occident ? « L’esclavage n’a pas été aboli. Il s’est aboli de lui-même, car le travail des Noirs a permis à l’Occident de s’enrichir, favorisant ainsi les inventions et donc le machinisme. Ainsi, l’occident n’avait plus besoin d’esclaves », aimait nous dire notre regretté professeur et historien de l’Ucad, Mbaye Guèye, spécialiste de l’esclavage. La France voire l’Occident doit assumer ce pan peu glorieux de son histoire.
En votant cette loi abrogeant le Code noir, la France reconnaît le tort – sur tous les plans – qu’il a fait subir aux pays devenus ses anciennes colonies. À cet effet, elle doit les indemniser comme elle s’est fait indemniser par Saint-Domingue. Car, contrairement à une idée répandue, ce n’est pas la France qui a indemnisé Saint-Domingue, mais l’inverse. En 1825, elle a imposé une « rançon » à la jeune République d’Haïti (issue de Saint-Domingue) en échange de la reconnaissance de son indépendance, l’obligeant à payer 150 millions de francs-or (une rançon réduite à 90 millions en 1838) pour dédommager les anciens colons des pertes de leurs propriétés et esclaves. (Cf. Wikipédia). Il est donc légitime d’exiger des réparations.
Car, entre le XVIe et le XIXe siècle, selon les données de référence Trans-Atlantic Slave Trade Database, qui compile des milliers d’expéditions maritimes, plus de 12,5 millions d’Africains ont été déportés de force vers les Amériques et plus de 10,5 millions ont survécu à la terrible traversée de l’Atlantique et ont été vendus comme esclaves. Quant à la colonisation, outre son lot de violences (exactions, travaux forcés, répressions, de massacres), ses effets se traduisent par une déstructuration politique, un pillage économique, une acculturation culturelle et des traumatismes humains dont les effets persistent encore. (Cf. Akisam Mukisa in Akem Afrika Bülteni : Impact de la colonisation sur la civilisation africaine, mai 2024).
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