Ils ne sont plus là, mais leur nom continue de vivre dans nos gestes, notre langage et notre quotidien. De la Panenka à la Madjer, de Mercedes à Braille, certaines créations offrent à leurs auteurs une forme d’éternité que le temps n’efface pas.
Le temps fait son œuvre. Il efface peu à peu le visage du créateur, mais préserve son héritage. Les générations se succèdent, utilisent l’invention, prononcent son nom, reproduisent son geste… sans toujours savoir à qui elles doivent cette part de leur quotidien. Le football en offre de magnifiques illustrations.
Qui n’a jamais entendu un commentateur annoncer une Panenka ? Ce ballon piqué avec une insolente décontraction est devenu un classique du football moderne. Pourtant, combien savent encore qu’il doit son nom au Tchécoslovaque Antonín Panenka, auteur de ce geste légendaire lors de la finale de l’Euro 1976 ? Il en est de même de la Madjer. Plus qu’une talonnade, c’est une signature.
Celle de Rabah Madjer, auteur de ce geste en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions en 1987 avec le FC Porto face au Bayern Munich. Depuis, le geste s’est banalisé, mais le nom est resté. Le linguiste parlera d’antonomase : un nom propre devenu nom commun. Le chroniqueur que je suis, y vois surtout une victoire sur l’oubli. Car rares sont les hommes dont le nom continue de se prononcer longtemps après que leur voix s’est éteinte.
Le sport n’a pas le monopole de ces héritages. Qui pense encore à Karl Benz en montant dans une Mercedes ? Qui sait que Mercedes était le prénom de la fille d’Emil Jellinek, dont l’influence contribua à faire de ce nom une marque universelle ?
Les hommes disparaissent, leurs créations continuent leur route. Même phénomène dans notre quotidien : Bic, Frigidaire, Jacuzzi, Diesel, Braille… Autant de noms propres devenus si familiers que nous oublions souvent qu’ils furent d’abord ceux d’un homme, d’une femme ou d’une famille. Aristote écrivait que « l’art est plus durable que l’homme ».
Victor Hugo rappelait que « la postérité se charge de la statue ». Tous deux nous disent que la véritable postérité ne réside pas dans la gloire, mais dans ce qui demeure utile, beau ou inspirant lorsque le créateur n’est plus.
Peut-être est-ce cela, finalement, réussir sa vie : laisser une empreinte qui continue de parler quand notre propre voix s’est tue. L’homme est mortel. Une bonne idée ne l’est presque jamais. Les plus grands créateurs ne vivent pas éternellement ; ils survivent à travers ce qu’ils ont offert au monde.


