Au mois de novembre dernier, au titre de sa présidence du G20, l’Afrique du Sud a accueilli le sommet de cette grande instance internationale qui regroupe les dix-neuf plus grandes économies mondiales, en plus de l’Union européenne et l’Union africaine, qui sont membre depuis 2023. Avec comme thème : « Solidarité, Égalité, Durabilité », cette rencontre marquait ainsi la consécration internationale de l’Afrique du Sud, qui est aussi membre influente des Brics+ (Brésil, Russie, Inde, Chine et South Africa), cet attelage de nations émergentes qui veulent imposer leur empreinte dans la géoéconomie et géopolitique mondiales.
Cette influence internationale contraste ainsi avec les résurgences des images d’attaques xénophobes en Afrique en Sud qui sont revenues encore plus vivaces et tenaces en montrant davantage la déchirure d’abord entre Sud-Africains et la fracture avec les autres Africains ou étrangers vivant dans ce pays. Cette xénophobie est incarnée essentiellement par les masses populaires des townships des grandes villes de ce pays comme Johannesburg, Durban, le Cap, entre autres. Aujourd’hui, il n’arrive pas un trimestre où des images à la fois déroutantes et humiliantes venant de ce pays, ne défilent pas en mondovision, sur des violences xénophobes vers les immigrés africains. Des violences dues surtout à l’échec des politiques publiques implémentées par le parti au pouvoir, l’Anc après sa prise de pouvoir en 1994.
À la fin, à l’ère apartheid, les populations noires espéraient humer l’air de la prospérité dans toutes les aires géographiques du pays, que ce soit dans les townships, dans les grandes villes ou dans les plateaux du KwaZulu-Natal. Les politiques d’émancipation et d’autonomisation des populations noires, comme celle appelée pompeusement Black Economic Empowerment (Bee), ont plus créé une poignée de nouveaux milliardaires privilégiés ayant des accointances avec l’Anc, surtout chez les anciens syndicalistes, qu’elles n’ont éradiquées la pauvreté des masses des townships. Considérée comme une puissance économique aux grandes ambitions internationales, l’Afrique du Sud est ainsi à la recherche d’une influence dans la marche du continent et au-delà. Cette organisation du Sommet du G20 le montre suffisamment.
Mais pour y arriver, ce pays a besoin d’une stabilité politique intérieure pour mener à bien ses ambitions au plan continental et global. S’il n’arrive pas à répondre de manière suffisante aux aspirations de sa population, surtout la jeunesse marquée par un sous-emploi et une paupérisation grandissante, cette campagne de xénophobie qui est aujourd’hui portée par des leaders communautaires comme les chefs zoulous ira crescendo avec l’émergence d’un discours haineux et vicieux. Cela va surtout accentuer la fracture et la cassure entre l’Afrique du Sud et les autres pays africains qu’elle est censée représenter dans toutes ces instances internationales comme le G20 et les Brics+.
« De Mandela à Malema, le fossé est si grand et les contextes politiques tellement différents que les démons de la division ont énormément de places à occuper et promis assurément à un bel avenir (…). Le nouveau dirigeant sud-africain a plus besoin de compétences techniques et d’une ouverture d’esprit que de populisme, de chants et de danses pendant que le viol d’une femme toutes les 17 secondes, le chômage endémique, la faim et le désespoir font couler beaucoup de sang », avait écrit Professeur Aliou Sow, ancien ministre sénégalais et auteur de l’ouvrage « Histoire et problème de l’intégration économique des Noirs en Afrique du Sud. De la race à la classe », Paris, L’Harmattan, 2014. C’est dire que les ambitions internationales de l’Afrique du Sud se heurtent à des urgences et tensions nationales plus prégnantes et présentes…
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