Les mythes, les traditions et la culture sont des niches insoupçonnées du tourisme, un peu partout à travers le monde. La mise en valeur des récits du passé, des modes de vie, des mythes et rites constituent des ferments qui incitent le visiteur à vouloir vivre ou revivre une nouvelle expérience.
Il a fallu du temps au Sénégal pour miser sur la valorisation de sa richesse immatérielle dans le but de diversifier son offre touristique. Nous avons voulu rivaliser avec les grandes destinations aux plages paradisiaques en concentrant près de 80 % de l’offre en lits et les flux touristiques sur la façade côtière, allant de Saint-Louis à Dakar et jusqu’en Casamance, laissant en rade l’hinterland et créant un modèle au service des marchés occidentaux. Cette configuration a installé le secteur dans une situation de saisonnalité fragilisante.
L’expérience du tourisme balnéaire, avec des plages au sable bien tamisé, des baignades, des promenades à l’ombre des cocotiers, portait le tourisme sénégalais, mais cette approche s’est vite essoufflée au fil du temps pour diverses raisons. L’accessibilité (le Sénégal est proche des principaux marchés émetteurs), la stabilité et la paix au Sénégal n’ont pas suffi.
Plusieurs facteurs expliquent ce recul du secteur dans notre pays. On peut citer, entre autres, les coûts jugés élevés (billets d’avion et prestations hôtelières), par rapport à la qualité du service, l’érosion côtière qui ne cesse de grignoter le charme de nos stations balnéaires, l’insalubrité, les problèmes de sécurité en Afrique de l’Ouest, mais aussi le manque de diversification.
En dépendant du balnéaire confronté à des handicaps, qui a fait la renommée de la Petite-Côte, précisément de Saly et alentours, le tourisme n’a pas tenu face aux aléas et à un désir des visiteurs de vivre d’autres sensations que le soleil et les plages.
Et pourtant, les traditions et rituels (artisanat, danse, cérémonies sacrées), les célébrations, le patrimoine (architecture traditionnelle, gastronomie), peuvent exercer une fascination sur le voyageur en quête d’autres découvertes. En guise d’exemple, l’édition de 2025 du Carnaval de Rio a drainé 285.000 touristes étrangers, illustrant l’ampleur internationale de l’évènement ancré dans la tradition afro-brésilienne.
Au-delà de faire vivre de nouvelles sensations, ces richesses permettent de mieux comprendre l’histoire et l’identité d’un pays. « Voyager sans s’intéresser à l’histoire et à la culture d’un lieu, c’est comme admirer un tableau sans en apprécier les détails. Chaque paysage, chaque monument, chaque sourire est le résultat d’une histoire complexe et fascinante. En plongeant dans cette histoire, on ne se contente pas de voir, on comprend. Et cette compréhension enrichit chaque moment passé sur place », lit-on dans un article d’une agence de tourisme.
L’immersion culturelle, poursuit le texte, est « cette étincelle qui brille dans nos yeux à notre retour ». « En connaissant l’histoire et la culture d’un lieu, chaque monument prend une nouvelle dimension, chaque paysage raconte une histoire, et chaque rue murmure des récits du passé ».
Bref, ce genre de voyage ouvre l’esprit, casse les préjugés et certitudes et offre un autre regard sur le monde.
Cette « immensité culturelle », ce n’est pas ce qui manque à notre pays. Les paysages culturels et historiques, le tourisme religieux (avec les pratiques locales telles que le Magal, le Gamou, la visite de lieux saints de la confrérie layène, le pèlerinage marial de Popenguine, les rites animistes, la circoncision, l’initiation) sont autant d’atouts pour notre tourisme.
Les maux ont été identifiés, et une fois le diagnostic posé, il faut relancer et structurer le secteur, sans négliger notre patrimoine culturel.
malick.ciss@lesoleil.sn

